De nombreux récits sur des peintres Chinois, montre l’étrange et fantastique relation qu’il existe entre paysage et intimité. « De même que son contemporain le poète Li Po mourut noyé en cherchant à attraper dans un fleuve le reflet de la lune qu’il avait maintes fois chantée, Wu Tao-tzu, raconte la légende, disparut dans la brume d’un paysage qu’il venait de peindre. »
Un autre récit : Wang Mo, le peintre vagabond des T'ang, etait connu pour ses ivrogneries. Avant de s'attaquer à une œuvre, il avait l'habitude de boire abondamment. Une fois ivre, il se mettait à peindre "à l'encre éclaboussée". Riant, chantant, il gesticulait des mains et des pieds. Sous son pinceau magique - il lui arrivait aussi de tremper ses longs cheveux dans l'encre en guise de pinceau - les figures surgissaient, montagnes, arbres, rochers, nuages, les unes éclatantes, les autres éthérées, comme par enchantement, comme si elles étaient une émanation directe de la Création elle-même. Le tableau achevé était toujours d 'une vérité si parfaite qu'on n'avait l'impression d'aucune trace d'encre. A la mort du peintre, son cercueil était léger, comme vide ; on dit que son corps s'était transformé en nuage.
Cité par François Cheng, in Vide et plein, Le langage pictural chinois, Editions du Seuil, Points, Essais, Tours, 1991, pp.40-41.
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