mercredi 7 juillet 2010

Pour un Art de classe, pourvu de mémoire.
























Il serai fou d'ignorer qu'il existe aujourd'hui une classe haute, qui par son pouvoir et ses réseaux a le contrôle des masses. Ce gotha comme il convient de l'appeler a créé la culture de masse, (dans un but de contrôle volontaire si l'on est orwellien ou dans un but involontaire économique si l'on est pragmatique) du même coup annihilant la culture populaire. De ce fait les classes populaires n'ont plus conscience d'elles mêmes. Cet art de la masse, lisible et consommable à souhait a été vivement critiqué – notamment par Pier Paolo Pasolini qui voulait faire un art inconsommable en réaction (theoreme, porcherie..), ce fût également le combat des situationnistes et plus généralement des diverses avant gardes du XXe siècle - mais d'un autre coté, nous avons vu émergé une récupération de cet art inconsommable. Dans sa très intéressante vision d'un art inconsommable, Pasolini se voyait s'adressant a un spectateur idéal intelligent inexistant, non manipulé par la culture de masse, ce spectateur s'est trouvé lui même en quelque sorte. Donc nous voyons aujourd'hui un art illisible, réputé intelligent -mais qui ne l'est pas toujours – être l'apanage des élites (il faut entendre par élites, la communauté qui occupe nos galeries aujourd'hui, qui forme qu'on le veuille ou non un groupe homogène plus ou moins identifiables et identifiés par un type d'art qu'on ne retrouvera pas partout). Ces élites ne nous donnent pas accès à leur monde même si l'on pratique leur art (il suffit de lire Bourdieu pour le comprendre), il reste peut être une solution dans le léchage de bottes (la porte est fermée, en effet malgré tout le talent que nous pourrions avoir, il faudra avant tout être ami). Bref, rappelons que Art vient avec Identité. Et nous n'avons peut etre plus d'identité, puisant à la fois dans la culture de masse (soit disant populaire mais dans laquelle le peuple n'a jamais mis les mains) et à la fois dans une culture réservé à l'élite (l'art élitiste, nous pouvons le comprendre et l'étudier aussi bien que n'importe qui, mais il faut comprendre que nous sommes des mimes, que ce n'est pas à nous de perpétrer cette tradition et nous pouvons nous en rendre compte quotidiennement en fréquentant le milieu, expos et autres). Nous pouvons comprendre les deux mondes n'étant à la fois dans aucun des deux mais aussi dans aucun tout court. Nous voici donc dans un champ libre où il y a tout à créer en terme de culture, se reposant sur des artistes piliers comme l'avait André Breton dans le manifeste du surréalisme (qui est avec nous, et qui ne l'est pas). Il faut choisir ce qui fonde notre identité, ce qui nous ressemble et pour cela il est possible de puiser dans les deux mondes (car il ne s'agit pas d'exclure mais au contraire de s'accaparer sans état d'âme), et dans d'autres également marginaux que j'ai oublié de citer ici. Il s'agit de créer une culture, qui ne se fonderai pas sur des modes américaines contre-culturelles (noise, hiphop..) ou sur des lubies passagères altermondialistes (écologie, npa..) mais bien de créer une culture totale et vraie. Un art inconsommable et donc sacré, irrécupérable et donc lié à une identité.

Ce dont il est question, c'est d'une voie médiane, inexplorée. Si l'on prend en compte que la médiatisation de l'art contemporain est un reflet des choix qui sont fait, nous pouvons voir chez les artistes qui ne sont pas traités, non pas qu'ils dérangent (puisque plus rien ne dérange) mais qu'ils sont ignorés, méprisés naturellement. Prenons un artiste comme Eric Rohmer en ce qui concerne le cinéma. Reconnu de tous, il ne semble pourtant pas jouir d'une renommée particulière. A la fois inconsommable et irrécupérable, ses films prêtent à rire autant chez les habitués de la culture de masse que chez ceux de l'élite (ici j'en profite pour préciser que l'élite n'est pas "ouverte" tels qu'ils essaient de le faire croire en se montrant tolérant face à des oeuvres plus gore ou explicitement sexuelles, car ce qui reste peut être éminemment populaire dans sa substance est toujours refusé comme un réflexe, ex: le football..). En d'autres termes, l'art n'est pas une grande progression, mais une forme cyclique. Si bien que les films de Rohmer, qui paraissent dépassé dans leur forme de narration ou de jeu ne le sont que parce qu'une vision du monde progressiste est à l'oeuvre. De cette même manière, le sonnet en poésie n'intéresse plus personne à part l'éducation nationale. Cependant il reste un forme très expressive et tout à fait utilisable. Il faut se questionner sur pourquoi certaines formes disparaissent au profit de nouvelles soit disantes plus actuelles ? Ce qui compte n'est ce pas le contenu d'une œuvre pour ce qui est de sa contemporaneité ? Il ne s'agit pas de faire des sonnets qui parlent de princesse et de ballade dans le lac.. (ni même d'internet et des voitures) mais comment se laisser imposer une histoires de formes ? Dans un numéro Hors Série de PoliPlus sur le cinéma expérimental, les auteurs en viennent à dire que la forme narrative du cinéma n'est pas de l'art, à l'opposé du cinéma expérimental qui en évitant cette narration aurait la prétention d'en être ou d'en devenir un... Voilà des gens pour qui la Littérature toute entière ou Jean Renoir, cela n'est plus de l'art ! Je crois qu'on peut ici voir une déviance.



BONUS : Pascale Ferran en 2007, en parlant de la polémique sur le système de financements des intermittents du spectacle revient sur la disparition des films du milieu ou comment le cinéma tend à devenir une industrie du divertissement dans l'esprit de chacun, produisant des objets de consommations. Cependant, dans la grandiloquence chevrotante de sa diatribe gauchiste, Ferran fait une erreur monumentale, elle affronte les films artistiques qui seraient pauvres, et les films de divertissement qui seraient riches. Alors que les deux sont riches (le milieu de l'art contemporain n'a rien a envier à l'entreprise Gaumont) mais elle oublie la voie médiane, la voie des artistes que nous sommes, celle ci réellement pauvre (!) donc ne prenons pas ses mots pour argent comptant.



Autre exemple, Luc Ferrari interviewant le jazzman Cecil Taylor sur ces influences ou les correspondances qu'il pourrait éventuellement voir avec d'autres musiciens contemporains. ((aller sur lucferrari.org puis "film et entretien" puis "Cecil Taylor ou la découverte du free jazz") A chaque fois Taylor à pleinement conscience de sa culture, il parle de la nourriture comme inspiration, il se situe au delà du "chemin de fer" puis sur les influences il répète sans cesse "he doesn't come from my community"... Cecil Taylor a conscience de sa classe, de son monde. Nous n'avons peut etre pas la chance de vivre dans un monde. Avec des danses, des musiques, des livres qui nous appartiennent. En effet, le projet d'une culture mondialisé rend impossible l'appartenance à un groupe spécifique, tue les particularismes. Tout le monde s'évertue à ressembler soit à la culture de masse, soit à la culture élitiste, ou à créer des particularismes importés, de peur soit d'être soi-même, soit d'être rejeté car différent. Cecil Taylor est un exemple vivant d'intégrité, ce qui n'empêche pas sa musique d'être pleinement dans son temps.

Ceci est donc une invitation mais il ne s'agit pas d'éteindre la télé, de fermer les bouquins, de couper son RJ45 ! C'est de se donner un point de vue, qui plus est sera complexe et différent pour chacun, mais qui aura l'exigence de ce poser au delà des influences de modes, d'intérêts et de positions partisanes.


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